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DECOUVERTE  DU  HAUT-ATLAS  CENTRAL


Au MAROC du 10 au 24 Juin 2007

Pour Hassan, notre guide incomparable
A l’occasion de ce séjour mémorable !

Nul doute qu’après le survol de l’étroite bande du détroit de Gibraltar
Nous abandonnions derrière nous l’Europe, notre confort un rien richard,
Pour, exception faite de l’incontournable et vénérable Ricard,
Nourrir notre soif de curiosités, la soif insatiable du cafiste routard.

Marrakech, chaude, vivante, délirante, exubérante fut notre unique bain de foule ;
Fourmilière urbaine exaltante et foisonnante, de cacophonie nous en eûmes tout notre soûl,
A l’image de cette place Djema’a el-Fna, vibrante au-delà de la nuit tombante.
Entre flûtiaux séducteurs de cobras, tambourins et autres orchestrations assourdissantes,
Gare à ceux qui s’égarent, sur ce parcours initiatique, envoûtés par l’ambiance enivrante !

Azizal, sur le trajet vers nos muletiers, nous révèle les charmes d’une bourgade moyenne.
Un commerce visuel se déploie dans l’obscurité des échoppes ou aux abords des étals ;
Barbiers, ferronniers, bouchers, marchands d’épices et autres réparateurs de pédales,
Vendeurs de babouches ou vantards de plaisirs de bouche, quel amalgame de vie citoyenne !

Au-delà du col de Tizi N’Oughbar, après la cordiale rencontre avec nos muletiers compères,
Nous nous familiariserons progressivement avec les paysages des tribus berbères.
Quittant l’asphalte, l’électricité et la réception satellisée, nos habitudes et nos aisances,
Nous voilà plongés dans un monde inédit où élevage et cultures suffisent à la subsistance.

Dans une panoplie de montagnes bigarrées, les oueds, véritables artères de vitalité,
Irriguent des canaux qui alimentent la vie dans sa plus simple authenticité.
La roche est grise, ocre, rouge ou verdâtre offrant de jolis contrastes sous la voûte torride ;
La végétation est abondante aux abords des oueds grâce aux cultures de première nécessité.
Ici, une orchidacée révèle la présence inattendue d’une terre fertile de générosité
Là, ovins et caprins en famille ratissent quelques broutilles sur des flancs plus arides.

Notre tracé sinueux entre vallées et montagnes compose un parcours insolite ;
Entre sentiers rocailleux, hameaux en pisé , bergeries et autres constructions inédites,
Sur des chemins de terre le long d’infimes parcelles de cultures bien privilégiées,
Longeant de calmes ruelles de villages à l’ombre d’une rangée de noyers et de figuiers,
Hissés sur des monticules de terre le long d’astucieux canaux d’irrigation,
Suivant les traces de mules sur le limon d’un vallon fleuri de lauriers roses en buisson,
En équilibre sur des ponts improvisés ou à gué dans les flots tumultueux des défilés,
Nous expérimentons, jour après jour, l’ivresse de sensations sans cesse renouvelées.

Au-delà de 4000 m, nous franchirons les hauteurs du M’Goun balayé par un vent glacial ;
Mais la descente dans le pierrier sera chaude et scabreuse sur nos guibolles bancales.
Toutefois chevilles fragiles et boyaux dérangés parviendront à leur destinée
Tandis que d’autres, en mules accompagnées, profiteront d’un raccourci de journée.

Dévoués, infatigables, souples et habiles, souriants et serviables, tous leurs talents
Nos muletiers les mettront à notre disposition, de l’aube fraîche aux heures du soleil ardent.
Tantôt derrière, tantôt devant, toujours en mouvement, leur agilité est déconcertante.
A l’arrivée, tente dressée et tapis déployé, nous dégustons le thé servi pour la détente.
Et quand une mule étrangère et capricieuse opte pour une escapade nocturne imprévue,
Le muletier sacrifiera sa nuit pour retrouver et ramener la bête récalcitrante et têtue !

L’habitant en ces hauts lieux observe la progression de ces curieux pèlerins de passage;
Impuissants dans nos langages, nos regards croisés décryptent de réciproques messages.
Rencontres éphémères avec des silhouettes de femmes, discrètes et distantes,
Des hommes cheminant derrière un araire ou affairés sur une mule plus obéissante,
Des enfants au sourire lumineux, quémandeurs d’aumône ou de dialogue…
Trésors de souvenirs que nous amasserons dans nos mémoires visuelles ou analogues.

Dans un tel périple, chacun immortalisera à sa façon ses souvenirs de voyage.
Qu’avec ces quelques évocations, il en demeure un signe de témoignage.
Hassan, pour ce cheminement et cette immersion sous d’autres latitudes,
Pour ta sérénité et ton dévouement, nous t’exprimons notre infinie gratitude.

Raymond Gleis